« Je ne facture pas la TVA, je suis auto-entrepreneur. » La phrase est vraie… jusqu'au jour où elle ne l'est plus. La franchise en base de TVA est le régime qui permet à la plupart des DJ et prestataires événementiels de facturer sans TVA — mais elle repose sur des seuils précis, et leur dépassement a des conséquences immédiates sur vos prix, vos devis et votre trésorerie. Voici comment fonctionne la franchise en base en 2026, ce qui se passe le jour où vous la quittez, et comment l'anticiper sereinement. Les règles fiscales évoluant régulièrement, considérez cet article comme un repère général, à confirmer avec votre expert-comptable.
La franchise en base : le principe
La franchise en base de TVA est un régime de simplification : tant que votre chiffre d'affaires reste sous certains seuils, vous ne facturez pas la TVA à vos clients, vous ne la reversez pas à l'État… et vous ne la récupérez pas sur vos achats. Vos factures portent alors une mention d'exonération spécifique — historiquement « TVA non applicable, art. 293 B du CGI », en cours d'évolution vers une référence au CIBS depuis septembre 2026, comme nous l'expliquons dans notre guide facturer ses prestations DJ en 2026.
Ce régime n'est pas réservé aux micro-entrepreneurs : c'est un régime de TVA, indépendant du statut juridique. Mais dans les faits, c'est bien en micro-entreprise qu'on le rencontre le plus souvent dans l'événementiel.
Les seuils 2026 à connaître
Pour les prestations de services — la catégorie des DJ, animateurs, techniciens et loueurs de photobooth —, les seuils en vigueur en 2026 sont les suivants :
- Seuil de base : 37 500 € de chiffre d'affaires annuel hors taxes. En dessous, la franchise s'applique sans condition.
- Seuil majoré : 41 250 €. Entre les deux, un mécanisme de tolérance s'applique : vous conservez la franchise l'année du dépassement, mais vous la perdez au 1er janvier suivant.
- Au-delà du seuil majoré : la TVA devient exigible immédiatement, dès le jour du dépassement.
Attention à un point souvent oublié : le chiffre d'affaires à comparer aux seuils est celui de l'année civile, encaissé au titre de votre activité de prestations. Si vous cumulez plusieurs activités (prestation DJ et vente de matériel, par exemple), des règles particulières s'appliquent — un cas typique où l'avis d'un comptable vaut de l'or.
Le jour du dépassement : ce qui se passe concrètement
C'est le scénario qui surprend le plus. Vous êtes en pleine saison, un gros contrat d'entreprise tombe en septembre, et votre compteur passe au-dessus du seuil majoré. À partir de ce jour-là, toutes vos prestations deviennent soumises à la TVA — y compris, et c'est le piège, la facture du contrat qui vous a fait dépasser. Les encaissements antérieurs, eux, restent acquis en franchise.
Concrètement, cela signifie qu'il faut : demander un numéro de TVA intracommunautaire, modifier vos factures (taux, montants HT/TTC, disparition de la mention d'exonération), mettre en place vos déclarations de TVA et, souvent, revoir vos tarifs. Le tout, au moment le plus chargé de votre saison.
La TVA ne prévient pas : elle s'applique le jour du dépassement. Ceux qui suivent leur chiffre d'affaires en temps réel la voient venir ; les autres la découvrent sur un rappel.
L'impact sur vos tarifs : la vraie question
Pour un prestataire qui travaille avec des particuliers — mariages en tête —, le passage à la TVA est d'abord un choc tarifaire. Vos clients raisonnent en prix final : si vous facturiez 1 500 € sans TVA, afficher 1 500 € HT revient à annoncer 1 800 € TTC. Deux options s'offrent à vous : augmenter vos prix affichés et assumer le saut, ou absorber une partie de la TVA en rognant votre marge. La bonne réponse dépend de votre positionnement — notre grille des tarifs DJ 2026 vous aide à situer votre valeur avant de trancher.
En revanche, il y a une contrepartie souvent sous-estimée : une fois assujetti, vous récupérez la TVA sur vos achats. Matériel, véhicule utilitaire, logiciels, sous-traitance : sur une année d'investissement, la déduction peut compenser une partie du surcoût. Les structures installées, comme les agences événementielles — c'est le cas de Sonor Events en Normandie et Picardie —, intègrent d'ailleurs la TVA dans leur modèle depuis longtemps : c'est un cap de croissance plus qu'une punition.
Les devis en cours au moment de la bascule
Le point de friction classique : vous avez signé en janvier un devis sans TVA pour un mariage en octobre… et vous devenez assujetti en juillet. La règle générale veut que la TVA s'applique aux prestations réalisées après la perte de la franchise, même si le devis a été signé avant. D'où l'intérêt d'une clause de revalorisation dans vos documents commerciaux, prévoyant l'ajustement en cas de changement de régime fiscal.
Sans cette clause, difficile d'imposer 20 % de plus à un client qui a signé un prix ferme : dans la pratique, c'est souvent le prestataire qui absorbe. Si votre chiffre d'affaires approche des seuils, prenez l'habitude de rédiger vos devis longue échéance avec cette éventualité en tête.
Franchise ou TVA volontaire : un choix possible
On l'oublie souvent : la franchise est un droit, pas une obligation. Vous pouvez opter volontairement pour la TVA même sous les seuils. C'est pertinent si votre clientèle est majoritairement professionnelle — entreprises, agences, collectivités récupèrent la TVA, votre prix TTC leur est donc indifférent — et que vous investissez beaucoup en matériel. À l'inverse, avec une clientèle de particuliers, la franchise reste un avantage concurrentiel réel : autant la conserver aussi longtemps que possible.
Anticiper : le suivi qui change tout
Toute la difficulté de la franchise tient en une question : où en est mon chiffre d'affaires, aujourd'hui, par rapport aux seuils ? Si votre facturation est éparpillée entre un tableur, des PDF et votre banque, vous ne le savez jamais précisément. Avec un outil qui centralise devis, factures et encaissements, votre chiffre d'affaires annuel se lit en un coup d'œil, et vous voyez le seuil approcher des mois à l'avance. C'est le même réflexe de pilotage que pour vos déclarations URSSAF : des chiffres à jour, sans ressaisie, et des échéances qu'on ne subit plus.
Anticiper, c'est aussi préparer la suite : ajuster progressivement ses tarifs, provisionner, choisir la bonne date de bascule quand elle devient inévitable. Un dépassement prévu six mois à l'avance est une étape de croissance ; le même dépassement découvert en janvier est un problème de trésorerie.
Conclusion : un régime confortable, à surveiller de près
La franchise en base de TVA reste en 2026 un vrai confort pour démarrer et développer une activité événementielle : moins d'administratif, des prix plus doux pour les particuliers. Mais c'est un régime à seuils, et les seuils ne pardonnent pas l'improvisation : 37 500 € de vigilance, 41 250 € de bascule immédiate, un impact direct sur vos devis et vos marges. Suivez votre chiffre d'affaires en temps réel, préparez vos documents commerciaux, et faites valider les cas particuliers par un expert-comptable.
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